Extrait du texte de C. Courier rédigé pour les actes du colloque international "Miniature : un modèle épistémologique à l'ère du nano", I. Roussel-Gillet et E. Thoizet (dir.) 26-27 janvier 2017,
ouvrage publié par l'Université d'Artois, France (En cours d'impression)

I. Roussel-Gillet et E. Thoizet : Pouvez-vous dire en quoi l’échelle miniature constitue une étape essentielle de votre travail de peintre scénographe ?
C. Courier de Mèré : Le lien que j?entretiens à l'échelle miniature s'organise grâce à la maquette, dispositif qui est en relation avec différents ordres de grandeurs. Elle est ébauche, modèle réduit, encapsulant et rendant tangible ce qui est perçu d?habitude dans l'ordre de grandeur visuel. Selon l’étymologie, la maquette est une « petite tâche ». En ce sens, dans mon processus de création, elle peut constituer d'abord une ébauche, dont la taille réduite implique une compression des gestes que fait l'artiste pour la réaliser, mais déploie simultanément les « devenirs » possibles de l'œuvre.
Un aspect plus essentiel à mes yeux est qu'il s'agit d'un terme appartenant au vocabulaire de la sculpture : la maquette signifie que l?œuvre picturale est envisagée dès le début comme disposant de trois dimensions. En partie grâce à la maquette et en partie grâce au milieu dans lequel le geste graphique de peinture germe, impliquant des sensations haptiques et kinesthésiques autant que visuelles, le but est de faire passer l?image « du rang d'image qu'on voit au rang d'image qu'on vit. »
La maquette donnant un aperçu qui convoque une économie perceptive renouvelée, elle permet à mon propre imaginaire de se déployer. Elle est support de rêverie, à l?instar de la maison de poupée. Il s'agit d'abord d'une petite boîte dans laquelle des ordres de grandeur, des qualités très éloignées dans la réalité, peuvent se précipiter. Cette composante sera prolongée par la scène théâtrale, qui conserve ce caractère de la « boîte magique », des « mondes du réalisme magique » selon la formule de Bachelard. Je pense ici à la maquette de la maison d'enfance du personnage principal dans 887 de R. Lepage, qui articule toute la dramaturgie de la pièce.
Les Dwellings de C. Simonds, ces architectures miniatures, sortes de capsules oniriques et/ou mémorielles, installées dans le creux des murs, ceux de musées, d'édifices appartenant à l'espace public, nous ramènent elles aussi au fait que « le premier univers de l'humain est topologique, déformable, fondé sur les notions de voisinage et de séparation, de succession et d'entourage, d'enveloppement et de continuité, indépendamment de tout schéma formel et de toute échelle fixe de mesure. »

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